J’ai lu dernièrement dans un tout petit filet de la Tribune que le décret de création de l’Agence de l’Evaluation de le Recherche a été publié. Tiens ! Je n’avais jamais entendu parler de cela ==> Je creuse.
Renseignement pris (ici), cette structure a l’air intéressante :
Une Agence d’évaluation de la recherche (AER) sera désormais chargée de l’évaluation des activités de recherche conduites par les établissements publics, quel que soit leur statut, et par leurs unités de recherche. Elle donnera un avis sur les procédures mises en place par les établissements pour évaluer leurs personnels et sur les conditions dans lesquelles elles sont mises en oeuvre. Elle participera à l’évaluation des formations doctorales dispensées dans les établissements d’enseignement supérieur et de recherche.
La forme juridique choisie – celle d’une autorité publique indépendante – permettra en particulier que soit respecté le principe selon lequel l’évaluation doit être distincte de l’échelon décisionnel qui en tire les conséquences effectives.Les principes de l’évaluation :
- Une évaluation systématique
- Une évaluation de qualité
- Une évaluation transparente
- Une évaluation suivie de conséquences
Plus d’information sur le site www.pactepourlarecherche.fr
Mais en googlant le sujet, je constate que cela est resté TRES DISCRET pour des RAISONS POLITIQUES. En gros, les syndicats et la gauche n’apprécient pas les principes de cette évaluation.
Le syndicat CNSC-FSU s’insurge.
Ce dispositif est destiné à remodeler très profondément notre système de recherche pour le mettre au service d’une conception utilitariste de la recherche et de l’enseignement supérieur et non à celui des besoins de la société. Il délaisse en partie la production de connaissances et leur large diffusion. L’AERES serait, selon le projet, dotée d’une structure technocratique, qui exclut totalement la présence de représentants élus des personnels. Le décret laisse ouverte la possibilité de supprimer les actuelles instances d’évaluation des unités de recherche, en particulier le Comité national de la recherche scientifique (Comité National), qui ne fonctionnerait plus que transitoirement, dans l’attente de la mise en place définitive de l’AERES. Nous dénonçons là un recul majeur de la représentativité de la communauté scientifique et de la transparence des procédures d’évaluation.
Et le Parti socialiste s’indigne.
Le décret d’application en gestation visant à instaurer l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement supérieur (AERES), sur des bases arbitraires et sans consultation préalable des scientifiques, n’est pas acceptable.
Il témoigne d’une volonté de pilotage centralisé et bureaucratique de la recherche, et d’une vraie défiance vis-à-vis de la communauté scientifique.
Le Parti socialiste partage l’indignation et l’émotion des organisations syndicales de chercheurs et de l’enseignement supérieur face à ce qui apparaît comme un coup de force du gouvernement.
Le SNSUP-FSU se révolte.
Ce projet procède d’une représentation dirigiste, utilitariste, concurrentielle et élitiste de la science que le mouvement de 2004 et les États Généraux n’ont pourtant cessé de stigmatiser, et dont l’histoire des sciences a démontré l’absurdité et la contre-productivité. Ce texte organise une superstructure (prévue par la loi) inutilement complexe, non démocratique, et s’oppose à la quasi-totalité des instances actuelles d’évaluation (CPCN, CP-CNU, commissions d’évaluation de l’INSERM, assemblée générale du Comité national, etc.) et des organisations syndicales.
Sauvons la recherche pétitionne.
Nous vous demandons de retirer le projet de décret et d’ouvrir sans délai les discussions qui s’imposent avec les instances actuelles, les organisations syndicales, les institutions scientifiques.
L’UNEF vote contre.
Les étudiants sont complètement écartés du nouveau dispositif d’évaluation. Rappelé à chaque étape du processus de Bologne, l’association des étudiants aux processus d’évaluations est absente du projet de décret. Or, sur des sujets tels que l’insertion professionnelle ou la pluridisciplinarité, la présence des étudiants peut être une force d’opposition aux corporatismes partisans du statu quo. Il s’agit en la matière d’une régression puisque les étudiants pouvaient jusqu’à l’heure être membres des comités d’évaluation du CNE.
La CGT défend le service public à la française
Le texte qui nous est proposé va à l’encontre de ces principes indiqués ci-dessus, et fait référence à une conception anglo-saxonne de l’évaluation qui va à l’encontre de notre histoire et de notre culture sans aborder réellement la question des valeurs pour un Service Public qui doit aujourd’hui se rénover pour faire face à l’évolution de la demande sociale, des publics étudiants, des besoins de la société dans son ensemble.
En revanche, le Figaro a trouvé des chercheurs pour défendre cette nouvelle agence :
Si cette réforme suscite beaucoup de craintes de la part d’une communauté scientifique qui tient jalousement à ses droits, certains chercheurs se félicitent au contraire de la mise en place de nouvelles règles. «J’ai toujours souffert de n’avoir jamais été évalué», reconnaît le climatologue Jean Jouzel, directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL), pour qui «il est important que l’évaluation se fasse de façon indépendante du CNRS». Dans La Vie des idées, la revue du «think-tank» La République des idées, Jean-Marc Schlenker, professeur à l’université Paul-Sabatier (Toulouse-III), appelait de ses voeux en décembre dernier la mise en place d’une véritable évaluation en France, indispensable à une meilleure allocation des ressources, pour mettre fin à la dérive «égalitariste» d’un système démotivant pour les chercheurs. De quoi expliquer, pour certains, que la France ne représente que 2% à 3% des publications scientifiques mondiales, malgré un budget de la recherche publique figurant parmi les plus élevés. La publication de ce décret avant fin septembre devrait obliger en tout état de cause les chercheurs qui ont encore du mal à le faire à se remettre en question.
La recherche et l’innovation technologique en général en France ne mérite-t-elle pas mieux que de telle querelles ?
Comme le disait le Pr Mistral lors des Université Impact Santé, la recherche et l’innovation est un des quelques domaines trop stratégiques pour que Gauche et Droite ne recherchent pas un consensus non partisant.





