A lire dans le Figaro.
Christian Bréchot s’appuie sur un symptome plutôt vexant - 80% des publications de l’Inserm ne sont visibles dans les bases de données - pour faire une auto-critique sur “la «complexité obsolète» du système de recherche français“.
Je ne résiste pas au plaisir de citer :
Si l’université était vraiment réformée dans sa façon de sélectionner et de recruter ses enseignants-chercheurs on pourrait avancer beaucoup plus vite vers l’évolution progressive de l’Inserm en agence nationale de programme et de moyens.
et
les faiblesses du dispositif actuel : difficulté à maintenir ou à attirer des chercheurs de très haut niveau ; des partenariats public-privé encore insuffisants ; une rigidité administrative «inadmissible» et enfin une articulation insuffisante entre l’Inserm d’une part et les universités ou les hôpitaux d’autre part






Reformer pour réformer n’est pas une solution en soi. J’ai observé la situation des jeunes chercheurs alors que j’etais représentant doctorant à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) de 1999 à 2004. J’ai ressenti le profond désarroi de ces éminences grises lorsqu’ils venaient à tomber dans le marché du travail. Du jour au lendemain, la plupart se retrouvaient au chomage ou au RMI. Ces situations dantesques se trouvaient perdurer sur plusieurs années parfois. Face à cette chienlit sociale, on peut regretter que l’INSERM et les Universités n’aient pas pu ouvrir des postes divers et variés permettant aux jeunes chercheurs de garder une dignité par le travail.
Loin de cela, les commissions de sélections sont aujourd’hui un système de destruction massive de génies en herbes. En effet, sous des semblants d’excellence, on integre des jeunes bardés de publications mais on sait souvent que ce sont des scientifiques privilégiés qui ont eu des sujets phares ou des aides de la part de quatre ou cinq membres du laboratoire. On adoube des poulains bien nourris alors qu’on oublie les autres… les déboutés du droit de chercher.
Or ceci devrait etre réformer… changer la vision de l’excellence pour revenir à l’integration massive des jeunes scientifiques. L’exemple qui tue les propos des principaux acteurs de la politiques scientifiques en France est celui d’Albert Einstein… qui fut boudé par les universités européennes de 1900 à 1902 puis placardisé dans un bureau administratif. Ceci lui permit d’ecrire sa relativité.
Heureusement l’époque put laisser ce génie retrouver une dignité malgré son caractere rebelle et affirmé…
Aujourd’hui il serait impossible pour un jeune chercheur décrié par sa hierarchie comme le fut Einstein de trouver un point de chutte…
La reforme à faire est là… redonner une chance à ceux qu’on boude… pour des raisons d’excellences mal placées…
Yannick Comenge
Commentaire par Yannick Comenge — 22 juin 2006 @ 12h 16
Yannick,
En effet, réformer n’est pas un fin en soi. Le nombre de “grande réforme de l’éducation” qui se sont succèdées égale quasiment le nombre de ministre de l’éducation qui ont occupé Grenelle.
Cependant, j’approuve nettement les différents points de l’autocritique du DG de l’Inserm.
Au plan des ressources humaines, j’insiste sur :
- le recrutement trop rigide et biaisé (nous nous retrouvons sur ce point)
- le manque d’attractivité pour les bons chercheurs, en début et en milieu de carrière (on pourrait reparler de mon cas si le CNRS avait voulu me recruter)
- l’incapacité à virer les mauvais chercheurs (je suis d’accord avec votre remarque sur plus d’ouverture au recrutement, mais avec une réelle élimination des mauvais et insuffisant)
- l’absence de formation des chercheurs, par exemple en gestion de projet, en statistique, … Quelle entreprise peut se priver de former ses cadres, sans risquer de gacher une part importante de la productivité de ces cerveaux ?
Commentaire par Xavier — 24 juin 2006 @ 18h 43